Psychiatrie, Psychanalyse et Psychothérapies

Psychiatrie, Psychanalyse et Psychothérapies

Psychiatrie, Psychanalyse et Psychothérapies

Dr Pierre de LARA
http://www.psychiatre-paris20.fr/

Notre société occidentale connaît, dans l'approche de la souffrance psychique, une véritable révolution épistémologique, théorique, clinique, institutionnelle, thérapeutique...

En quelques décennies, le paysage de la maladie mentale s'est transformé.
La frontière entre le normal et le pathologique s'est déplacée et a pris une dimension toute relative.

L'évolution de la société et la modification profonde des structures familiales ont fait apparaître de nouvelles problématiques (addictions, violences sexuelles, harcèlement moral, structures borderline, troubles anxio-dépressifs, difficultés conjugales et familiales)et ont créé les conditions d'un profond remaniement du droit de la famille.

L'évolution concomitante de la psychiatrie et de la psychanalyse, l'apparition et la multiplication des diverses psychothérapies ont pour but d'apporter aux consultants des réponses et une aide ou un mieux-être de plus en plus spécifiques.

Ces psychothérapies sont très nombreuses, plusieurs centaines, mais peuvent se regrouper en quelques grandes familles:

- les psychothérapies inspirées de la psychanalyse,- les psychothérapies cognitivo-comportementales,- les psychothérapies psycho-organiques et à médiation corporelle, - la gestalt-thérapie et la bioénergie,- la PNL,- L'art-thérapie, la musicothérapie,- les psychothérapies pour les enfants,- l'hypnose, notamment ericksonnienne,- le cri primal, le rebirth,- les thérapies systémiques,- l'EMDR,- la respiration holotropique...

On ne peut les citer toutes! 

Articulations entre Psychiatrie, Psychanalyse et Psychothérapies

Dr Pierre de LARA
http://www.psychiatre-paris20.fr/


Le vieux débat entre l'organogénèse et la psychogénèse prend un relief particulièrement conflictuel à partir des années 1960.

Le clivage tend à s'accentuer entre les deux conceptions et leurs résonances thérapeutiques. D'une part, le courant neuro biologique et pharmacologique, avec le développement accéléré des thérapeutiques psychotropes (antidépresseurs, neuroleptiques, etc.) constitue la psychiatrie biologique. D'autre part, le courant psychanalytique, avec l'essor de la psychanalyse, favorisé par la controverse théorico-clinique autour des travaux, des écrits, de la pratique ("les séances courtes") et de la personnalité de Jacques Lacan, sous-tendue par le mouvement structuraliste ambiant de l'épique.

La psychopathologie en est renouvelée, le regard sur la maladie et le statut du malade mental transformé.

A l'heure actuelle, la pratique psychiatrique, tant publique que privée, refusant l'opposition entre thérapeutique biologique et psychologique, intègre les deux approches de façon équilibrée et convergente, sans que soit envisagée une théorie synthétique de leur articulation.
Il s'agit là d'une option pragmatique où les deux effets se renforcent pour une meilleure efficacité. Les médicaments psychotropes peuvent favoriser la psychothérapie. En atténuant ou en supprimant les symptômes les plus gênants et/ou les plus pénibles, ils contribuent à l'expression de la parole, condition essentielle de la relation patient-thérapeute, et ils permettent d'ouvrir la (les) psychothérapie (s) à de nouvelles catégories de patients (états limites, névroses graves, psychoses, etc.).

Toutes les éventualités peuvent donc se présenter. Schématiquement, on peut distinguer:

. les troubles névrotiques, affectifs et relationnels, où se pose l'indication d'une cure analytique classique ou d'une psychothérapie d'inspiration analytique, excluant le plus souvent la prescription associée d'un traitement médicamenteux, sauf de façon ponctuelle ou sur une période limitée;

. les états anxio-dépressifs et phobo-obsessionnels, qui nécessitent, le plus souvent, un traitement anxiolytique ou antidépresseur associé à la psychothérapie (analytique ou comportementale), sur une assez longue durée;

. les troubles psychotiques, qui parfois justifient une hospitalisation et un travail d'équipe, avec une double approche:

- la psychothérapie, confiée à un psychothérapeute ou à un psychanalyste (psychiatre ou pas), ayant une certaine connaissance de la chimiothérapie;

- la chimiothérapie confiée à un médecin ou à un psychiatre ayant une formation analytique ou psychothérapique.

Ce travail peut se poursuivre de longues années, à l'extérieur, en cure ambulatoire, souvent avec le même thérapeute, parfois avec un thérapeute différent, si l'évolution du patient et les conditions thérapeutiques locales le permettent.


EN CONCLUSION

L'évolution de l'image de la psychiatrie et de la psychanalyse dans l'esprit du public, l'apport positif des neurosciences et le succès mérité des thérapeutiques psychotropes, la démocratisation du phénomène psychothérapique, voire sa banalisation au sein des médias, l'individualisme renforcé au sein de la société française et le désir de chacun d'accéder à un mieux-être personnel font pivoter peu à peu la demande psychothérapeutique traditionnelle vers des approches, souvent floues, de "développement personnel" et les "nouvelles thérapies".

Ainsi, la frontière, autrefois rigide, entre le normal et le pathologique, se voit profondément - et, on peut le dire, heureusement - transformée. La maladie mentale fait moins peur. La société se trouve d'autres sujets de crainte et s'ouvre à l'exploration du monde psychique en reconnaissant l'importance de l'intériorité et du conflit. La valeur de la parole personnelle est reconnue, les tabous s'effritent...

Peu à peu, les rapports hommes-femmes se transforment et l'homosexualité trouve un autre statut social.

Certes, un long chemin reste à parcourir, et la violence est toujours très présente, mais quelle révolution, depuis 1900, lorsque Freud écrivit ses Études sur l'hystérie et son Interprétation des rêves!

Aurait-ce été possible sans cette découverte fondamentale: l'Inconscient?

Ne peut-on dire que la Psychanalyse, par ce qu'elle a apporté d'essentiel à la connaissance du psychisme, ouvrant la voie à beaucoup d'autres thérapies, reste un acquis irréversible par la reconnaissance de ce qui fonde la spécificité d'un sujet unique?