Crise d'adolescence et psychologie

Crise d'adolescence et psychologie

​Introduction

Évelyne RIDNIK
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http://www.psychotherapeute-paris.info/

(paru dans le mensuel La lettre des Parents, 1996)

Entre l’enfance et l’âge adulte : l’adolescence. Son début est déclenché par des modifications psycho-biologiques et sa fin reconnue par l’intégration socio-culturelle.

Cette étape a considérablement évolué au cours de ce siècle : on est passé d’une époque sans adolescence à une autre où l’adolescence se prolonge dans le temps. Cet allongement est lié à l’augmentation de la durée des études, aux conditions familialesplus faciles et plus souples, aux difficultés socio-professionnelles actuelles qui retardent l’entrée dans la vie active.

Les sociétés traditionnelles intégraient le jeune dans la vie adulte par des rites d’initiation. La durée de ce passage était court. Les adultes leur transmettaient un savoir-faire, des codes sociaux et les inscrivaient dans une histoire familiale, culturelle, religieuse et sociale stable. Cette transmission ayant disparue, les jeunes se sont trouvés face à un vide qui n’est pas sans conséquence dans le devenir social actuel.

La relation parents / adolescents s’est beaucoup modifiée au cours de ce siècle. Influencée par l’évolution des moeurs, elle s’est dégagée d’une pratique autoritaire et contraignante pour prendre mieux en compte la personnalité du jeune, respecter saliberté et son désir. En contre-partie, les adolescents ont à s’appuyer davantage sur eux-mêmes que sur les adultes, ce qui est source d’autonomisation mais crée également un environnement moins sécurisant.

Envers et contre tout, la famille conserve son rôle indispensable. Les adolescents ont tendance à demander à leurs parents de tenir leur rôle en matière de formation et de préparation de leur avenir. Ils veulent trouver une place légitime dans la société mais ont pourtant besoin de connaître les limites du possible pour développer leur rapport à la réalité.

La liberté s’acquiert grâce à l’éducation, à l’identification et à l’intériorisation des interdits fondamentaux, favorisant l’élaboration de la personnalité et de la vie sociale. C’est en fonction de la bonne résolution de cette étape que l’adolescent deviendra un adulte responsable et autonome.

​Culture et organisation adolescente


Une plus grande permissivité sexuelle et des difficultés à se faire une place professionnelle contribuent à accentuer le décalage entre la maturité sexuelle et la maturité sociale. La culture adolescente se développe : livres, films, musiques, langages, vêtements sont omniprésents.

Pour les filles et les garçons, le groupe des pairs est déterminant (système de valeurs, normes de conduites, sources d’attribution du statut, reconnaissance, partage des mêmes

angoisses et des mêmes passions). Ce groupe agit comme un lieu d’apprentissage des habiletés sociales et comme support des démarches d’émancipation. Les garçons l’utilisent pour prendre quelques distances avec le milieu familial. Quant aux filles, le groupe des pairs s’organisant comme un lieu de contact affectif, elles sont moins préoccupées de prendre une autonomie par rapport à leur famille.

L’adoption et l’affirmation du rôle sexuel constitue la recherche essentielle de l’adolescence. L’intégration au sein de la société adolescente dépend essentiellement de la rencontre des critères liés aux rôles sexuels.

A l’adolescence, la confiance réciproque est l’affect qui prévaut dans l’amitié (sincérité, loyauté, confiance). Les groupes d’adolescents sont très homogènes. Les vastes écoles secondaires et les repas pris en commun renforcent l’expérience de cohésion et le libre jeu de la culture adolescente.

La bande d’adolescents est le plus souvent issue d’une action de ségrégation de l’environnement social adulte qui stigmatise le groupe.

​Adultes, adolescents, une relation indispensable


Des études statistiques montrent que les adultes manifestent une attitude sensiblement plus négative vis à vis des adolescents que ces derniers à leur égard.

Bon nombre d’adultes sont peu enclins à partager leurs privilèges avec la génération montante et sont intolérants face à l’adolescence qui crée un changement social et culturel.

Dans la plupart des cas, le passage vers la vie adulte pose des difficultés. L’adolescence de leurs enfants ramène les parents à leur propre adolescence. Ils sont tentés de projeter leurs propres idéaux sur eux. Les groupes de parents que nous rencontrons se trouvent confrontés aux mêmes problèmes.

Les adolescents revendiquent des relations parentales caractérisées par la proximité et l’affection. Par ailleurs, l’autorité ne peut jouer son rôle sécurisant et éducatif que si le jeune se sent aimé, reconnu et accepté par sa famille.

Comment comprendre pour mieux communiquer ?


Il existe un décalage entre ce que les adolescents vivent, ce qu’ils sont et ce qu’ils disent. Savoir les entendre dans la contradiction de leurs désirs est déjà une étape dans la communication.

L’abandon de l’enfance se réalise progressivement par un désinvestissement des premiers objets d’amour ; il s’agit d’une série de deuils (de la relation à la mère et à la dépendance aux parents), tout en aménageant un nouveau mode de relation tant interne qu’externe avec eux. Ce travail intra-psychique entraîne des sentiments de détresse et de culpabilité. Ils alternent entre culpabilité, honte, déception, mésestime de soi ou omnipotence triomphante. L’évolution de l’ado passe par l’intégration du groupe des pairs, le besoin de critiquer les parents, le désir de régresser vers la famille, le désir d’indépendance et la demande d’aide.

La violence est très présente chez les adolescents, elle s’explique par une réaction contre la passivité (les initiatives sont difficiles à prendre) et par une impulsivitétraduisant l’incapacité d’intégrer les interdits. Cette conduite, complexe à gérer pour les parents, doit conduire ces derniers à redéfinir leur façon d’être : comment passer de la position de parent d’enfants à la position de parents qui accompagnent l’adolescent dans sa mutation vers la position de jeune adulte.

Être parent, c’est aussi accepter que leur enfant leur échappe et faire le deuil de la maîtrise à l’égard de sa vie. Nous réfléchissons avec eux sur ces questions qui les préoccupent :

  • comment leur donner l’aide nécessaire, les règles à installer dans la famille, quelle attitude adopter face aux demandes véhémentes de l’ado.
  • comment aider l’adolescent à se construire narcissiquement, tout en respectant sa fragilité et sa susceptibilité.

Face à toutes les difficultés que les adolescent rencontrent actuellement (et vont continuer de rencontrer sur le parcours d’obstacles qui mène à une place d’adulte à part entière), l’aménagement, l’amélioration de la relation parents/adolescents est un atout considérable.

Évelyne RIDNIK, Gérard VIGNAUX
(paru dans le mensuel La lettre des Parents, 1996)