L'inceste

L'inceste

Evelyne RIDNIK, Psychothérapeute et Psychanalyste à Paris 9

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L’INCESTE

Question d’une jeune fille:

Mon histoire est lourde et douloureuse puisque j'ai vécu pendant plusieurs années un inceste avec un frère plus âgé que moi de huit ans. Lorsque cela a commencé je n'avais que 10 ans et je ne comprenais pas encore l’anormalité de ce qui m'arrivait.

J'avais tout oublié de cette histoire qui m'est revenu lors d'une analyse entamée à l'âge de 25 ans. J'avais consulté pour des problèmes d'anorexie mentale tout en sentant bien que ces symptômes n'étaient qu’un arbre qui cachait la forêt. J’étais prête à comprendre, pourtant retrouver ce souvenir a été très éprouvant. Comment avais-je pu oublier ? Et que faire aujourd'hui de ce secret ?

Dès ma venue au monde, ma vie a été liée à celle de mon frère : alors que je naissais, il se mourrait d'une grave maladie. A ce moment où j'aurais dû bénéficier de toute l'attention de mes parents, ma mère avait la tête ailleurs et mon père était auprès de mon frère. Même après son rétablissement, il est toujours resté au centre de l'attention de ma mère. Tout lui était permis !

Petite, j'avais des terreurs nocturnes et aujourd'hui encore je fais souvent le rêve suivant : « Je suis sous une lourde dalle qui m'écrase. J'étouffe et je pousse pour tenter de m'en sortir ». Malgré mes efforts, je n’y arrive jamais et me réveille à ce moment là, très angoissée.

J'ai déjà fait un travail analytique qui m'a beaucoup aidée mais hélas, je n’avais pas les moyens de continuer. Aujourd’hui, il m’arrive encore de ressentir le besoin de retourner voir mon thérapeute qui m’encourage à reprendre la thérapie.

Ai-je raison ? Pensez-vous que je puisse en attendre encore quelque chose ?

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Voici ma réponse :

Chez une enfant de dix ans, l’idée de la sexualité n’est pas encore liée à la réalité sexuelle. Etant impubère et ignorant tout de la sexualité génitale, elle croit que cela se passe comme dans les contes de fée : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants... L’acte sexuel, dans sa réalité génitale n’existe pas encore pour elle.

De ce fait, tout acte sexuel est vécu comme une agression ; pire, comme une effraction traumatisante. Ce passage brutal à une sexualité adulte vous a empêchée de continuer à rêver comme le font les petites filles.

Ce qui était du registre du sexuel pour votre frère plus âgé ne pouvait l’être pour vous, car non référencé dans votre vie intérieure et ne faisant pas sens pour votre imaginaire. Comme vous ne pouviez pas mentaliser cet acte, vous l’avez refoulé hors de votre conscient–Inconsciemment- bien sûr. Ce n’est que plus tard, au cours de votre analyse, que vous avez pu retrouver, affronter ce souvenir et comprendre la conduite de votre frère. Même si la souffrance est réveillée, ce travail vous a permis de mettre des mots et du sens sur vos ressentis.

L’inceste entre parents et enfants ou entre frères et sœurs est la transgression de l’interdit des relations sexuelles entre consanguins. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’acte incestueux n’est pas l’apanage des milieux socio-culturels défavorisés mais peut survenir dans toutes les familles. Un inceste sœur/frère est traumatisant mais l’on peut penser qu’il est moins dangereux qu’un inceste entre un parent et un enfant du fait qu’il n’introduit pas la confusion transgénérationnelle. Il est plus souvent réparable.

La personnalité et l’équilibre psychique se constituent à partir de la différence des générations, qui permet l’individuation et le respect de l’altérité. Pour qu’un enfant puisse sortir de la sécurité de la fusion avec sa mère, devenir adulte et trouver sa place dans le continuum générationnel, il est nécessaire que la loi des générations soit respectée, que les interdits et les limites existent.

Pendant plusieurs années, vous avez refoulé dans votre inconscient l’irreprésentable de ce que vous avez ressenti. Votre frère, du fait de son âge et le son sexe, était dans une situation de pouvoir par rapport à la petite fille que vous étiez, et il en a abusé. Dans ces situations, et malgré le traumatisme engendré, il peut arriver pourtant qu’au déplaisir se mêle un plaisir sexuel inacceptable par le conscient, qui se défend alors par le refoulement.

Par ce terme de « refoulement », Freud décrit l’opération par laquelle une personne repousse, dans son inconscient, des représentations (pensées, images, souvenirs) liées aux pulsions interdites, aux représentations censurées. C’est ce qui vous est arrivé. Cependant, même oublié, ce traumatisme continue à se manifester sous forme de symptômes (troubles du comportement alimentaire par exemple) et dans les cauchemars, ce qui votre cas.

La conduite de votre frère est celle d’un jeune garçon qui n’a pas été capable de gérer ses pulsions sexuelles et qui a profité de la facilité d’avoir à la maison, la présence d’une sœur plus jeune. Ce serait la poursuite à l’adolescence des jeux de « touche-pipi » qui se manifeste parfois dans l’enfance, entre frères et soeurs. Il n’en reste pas moins qu’il y a eu transgression d’un interdit majeur, dont, vu son âge, il ne pouvait pas ne pas avoir conscience.

Que vous ayez gardé le silence aussi longtemps n’est pas étonnant. Le mécanisme du refoulement décrit plus haut en est une raison qui s’ajoute au désir de maintenir cet acte secret. Il est très fréquent que les victimes de l’inceste, fille ou garçon, endossent la responsabilité de cet acte, s’empêchent de parler et, souffrent en cachette de culpabilité. Ce fait est bien connu de la justice qui pour donner aux victimes le temps de se ressaisir, accepte les plaintes déposées jusqu’à 10 ans après les faits.

Il est très difficile de renoncer à une image idéale de ses parents ou d’un frère lorsqu’ils ont failli sur un tel plan. La victime, incapable de faire face a une réalité insupportable et craignant la rupture des liens familiaux, se réfugie dans une fiction qui lui permet d’éviter le conflit, de protéger sa famille, et de se maintenir dans le ronron une routine respectable. Hélas, cette quiétude se paye cher, au prix d’une insertion dans le réel.

La honte des victimes de l’inceste s’explique par une perte du respect de soi liée à l’atteinte à sa dignité.

Je ne peux que vous encourager à reprendre votre psychothérapie, afin d’apporter à votre psychisme, les modifications nécessaires à la levée de vos symptômes.