L'essor et l'évolution de la Psychanalyse

L'essor et l'évolution de la Psychanalyse

Dr Pierre de LARA
Psychiatre-Psychanalyste


La Psychanalyse prend son essor en France dans les années 20.
En 1921, Eugénie Sokolnicka, missionnée par Freud, est la "première représentante de la psychanalyse en France" et, en 1926, la Société Parisienne de Psychanalyse (SPP) est constituée.

Édouard Toulouse introduit la Psychanalyse à l'hôpital Sainte-Anne en 1923.

Aujourd'hui, plusieurs milliers de psychanalystes exercent, aussi bien dans les structures publiques qu'en libéral.

Il existe deux grands courants freudiens, "l'orthodoxe", affilié à l'Association Psychanalytique Internationale (IPA), et le lacanien. Ces courants sont répartis entre de multiples associations ou groupes, souvent rivaux et plus ou moins structurés. La Psychologie Analytique de Carl Gustav Jung conserve ses fidèles partisans et une certaine audience dans le public.

Au fil du siècle passé, le corpus théorique de la psychanalyse s'enrichit avec, à la suite de Sigmund Freud, les travaux de Mélanie Klein, d'Anna Freud, de Donald W. Winnicott, de Wilfred R. Bon,de Jacques Lacan, de Françoise Dolto, de Serge Lebovici, d'André Green, de Didier Anzieu, de Piera Aulagnier, etc., et a une exigence de scientificité.

Malgré les divergences, les critères de formation des psychanalystes sont relativement établis et homogènes.

Pour devenir psychanalyste, il faut avoir soi-même effectué une longue psychanalyse personnelle, à raison de trois ou quatre séances par semaine, qu'elle soit qualifiée ou non de "didactique". Il faut aussi avoir suivi un enseignement dispensé par une association ou un institut psychanalytique habilités, indépendant du cursus universitaire, et enfin commencer sa pratique analytique avec des patients en étant supervisé par un analyste expérimenté, dit parfois "didacticien".

La plupart des analystes sont psychiatres ou psychologues cliniciens, la psychanalyse constituant une référence majeure pour la compréhension et le traitement des troubles psychiques.

La Psychanalyse ou la Psychothérapie Analytique peuvent donc s'exercer aussi bien dans le cabinet d'un psychanalyste libéral, y compris s'il est psychiatre (et, dans ce cas, les séances peuvent être remboursées partiellement par la sécurité sociale, la participation de l'analysant étant variable, en fonction de ses possibilités financières et de ses remboursements), que dans une institution, tel un Centre Médico-Psychologique, où les soins sont gratuits,et concerner aussi bien les adultes que les adolescents ou les enfants...

La Modernité, avec ses composantes sociologiques nouvelles, la problématique particulière de certains patients (états limites, organisations narcissiques, pathologies psychosomatiques, névroses de caractère, troubles addictifs, structures psychotiques etc...) conduisent la recherche à des enrichissements conceptuels et théoriques. Ces facteurs amènent également le clinicien à des innovations et à des aménagements techniques conférant une valeur toute relative à la place de la cure-type dans l'ensemble du dispositif thérapeutique, dans le respect toutefois des principes essentiels de l'analyse (cadre, écoute, éthique, relation transféro-contre-transférentielle, etc.). Le psychodrame, la relaxation, le rêve-éveillé, les thérapies par le jeu ou le dessin, les thérapies de groupe en sont quelques illustrations.

Cependant, malgré toutes ces évolutions, la psychanalyse connaît une certaine désaffection.


La dissolution de l'Ecole Freudienne de Paris (EFP), le 5 janvier 1980, suivie, le 9 septembre 1981, de la mort de Jacques Lacan, son fondateur, marque d'ailleurs symboliquement la fin de l'apogée de la psychanalyse, en France, des années 1960 à 1970.

Elle continue toutefois à se faire connaître et à se développer à l'échelon mondial, notamment en Amérique du Sud et en Chine.

Cette baisse de popularité correspond à la fois au développement des neurosciences et de la psychopharmacologie et à l'évolution de la demande du public qui aspire à des résultats thérapeutiques plus rapides - la psychanalyse étant réputée être long, coûteux, associée à un langage souvent difficile et abstrait. Paradoxalement, les concepts psychanalytiques essentiels et certains aspects de sa pratique se banalisent dans les médias et sont transposés dans de nouveaux champs, la pédagogie, le secteur social et culturel, le politique, l'entreprise, etc.