L'effet de la parole

Parler pour le dire

Monique COHEN

Psychologue - Psychothérapeute - Psychanalyste à Paris 16

http://www.psychologuepsychotherapeuteparis.fr



« Qu’elle se veuille agent de guérison, de formation ou de sondage, la psychanalyse n’a qu’un médium : la parole du patient » J. Lacan (1953)


Quel est l’effet de la parole dans un suivi psychanalytique ?

La psychanalyse offre un lieu à soi, un lieu d’écoute privilégié où l’on voit naitre sa « vraie parole ».

Lorsque le patient s’engage dans un travail sur lui-même, on lui expose la règle dite de « l’association libre ». On l’invite à parler le plus spontanément possible de ce qui lui vient à l’esprit, sans construire un discours préalable. La plupart du temps, l’entretien est non directif et facilite la parole.

Au début, le (ou la) psychanalyste s’enquiert de ce qui amène le patient à venir consulter : problèmes ponctuels, familiaux, prise de conscience d’échecs dans la vie affective ou professionnelle, difficultés de communication et sexuelles dans le couple etc.. Chacun a son histoire. Certains patients, à l’imaginaire riche parlent facilement, d’autres ont davantage besoin d’être aidés dans leur expression.

Les silences sont parfois des temps nécessaires et féconds.

Comment se fait la connexion entre le psychanalyste et son patient ?

Le ou la psychanalyste, de par son parcours et son expérience personnelle, est à même d’entendre la souffrance du patient. Il travaille sur l’inconscient et cherche

à travers celui-ci à mettre à jour des conflits internes.

Sa sensibilité est en éveil afin de mieux cerner la problématique du patient ; en étant à l’écoute de sa parole et de l’expression de ses émotions, il va lui permettre d’approcher sa vérité ; l’analysant pourra alors poser un regard différent sur sa relation aux autres et ainsi la modifier.

N’importe qui peut-il être analysable ?

Certes tout le monde n’est pas analysable. Le profil de la personne qui consulte est une personne qui souffre et se plaint ; elle doit avoir aussi une certaine aptitude à l’introspection, s’interroger sur la cause de sa souffrance et tenter d’y répondre. Le psychanalyste avant de s’engager doit tenir compte du fonctionnement psychique du patient, de ses difficultés, de sa faculté d’élaborer et d’établir des liens entre le passé et le présent. Cela dépend également de la motivation du patient et de sa capacité à se remettre en question : accepter d’admettre que nous sommes en partie responsables de certains évènements de notre vie n’est pas toujours aisé..

La plupart des personnes qui s’adressent à un psychanalyste sont motivées par leur mal-être et non par leur désir de faire une analyse.

Comme dit Lacan « ce que l’on nous demande c’est simplement le bonheur »

Et le transfert ?

C’est le moteur de la cure analytique

Le terme de transfert a été introduit par Freud pour signifier l’attachement du patient à son analyste. Au cours des séances, le patient peut manifester de l’amour envers son psychothérapeute- on s’attache à celui à qui on suppose un savoir- ; il peut aussi parfois le rejeter, en rêver ou alors le craindre ; c’est une relation privilégiée dans laquelle le patient déplace sur celui-ci des affects du passé mais également du présent ; la souffrance ressentie, les sentiments négatifs, sont alors transférés, projetés sur l’analyste lequel sait qu’il n’est pas aimé ou détesté pour ce qu’il est mais pour ce qu’il représente.

Le transfert est la résurgence des sentiments du passé ; c’est un phénomène inhérent à toute relation affective mais alors que le transfert ordinaire est vécu innocemment, sans élaboration, le transfert analytique est explicité, dévoilé par le praticien et travaillé en séance d’où l’expression « travailler sur le transfert ».

La parole est-elle toujours libératrice ? peut-elle réellement aider à se reconstruire ?

Peut-elle aussi détruire ?

Libérer la parole est bien l’objectif de la cure analytique

Le but est que le patient se réconcilie avec lui-même en mettant à jour les conflits internes et se retrouve à partir de ce qu’il a , de ce qu’il est. Il ne s’agit pas de modifier sa personnalité mais de l’enrichir de ce qu’il porte déjà en lui.

Pensz-vous qu’il y a un risque de déstructurer le patient ?

Je pense que le travail d’interprétation qui est l’outil privilégié et spécifique de l’analyste doit se formuler au moment ou le patient s’approche lui-même d’une prise de conscience autrement il risque d’être déstabilisé car l’interprétation n’est plus une ouverture sur l’inconscient.

Existe-t-il des thérapies sans la parole ? quelle en est selon vous leur valeur ?

Il n’existe pas de thérapies sans parole .…. La psychanalyse privilégie le verbe alors que certaines thérapies prennent davantage en compte le corps et les émotions pour apaiser les tensions, libérer les émotions tenaces et évacuer les colères, sans toutefois exclure la parole. Je pense à ces thérapies psychocorporelles et émotionnelles, nées sur la Côte Ouest en Californie à Esalen telles que la Gelstalt-thérapie, la bio-énergie le rebirth, la respiration holotropique, la thérapie primale, le psychodrame, etc..

Un patient peut parler durant toute une séance sans que celle-ci ne soit libératrice, les mots devenant une sorte de paravent inconscient pour ne pas se confronter à l’essentiel.

Pour certains patients, la médiation corporelle peut faciliter l’accès à la parole et permettre une émergence émotionnelle, souvent cathartique qui n’aurait peut-être pas été possible dans un cadre essentiellement analytique. Il va sans dire qu’une intégration verbale, en fin de séance, est indispensable pour élaborer ce qui s’est vécu durant le moment émotionnel et corporel. Cette mise en ordre des affects permet au patient de quitter la séance « debout »

Quelle est l’importance des silences ?

C’est le silence de l’analyste qui va permettre la libération de la parole ;l’analyste utilise souvent le silence comme moteur ; il frustre le patient pendant un certain temps jusqu’à l’établissement du transfert ; le patient confronté à ce silence va parler en essayant de sortir l’analyste de son mutisme soit en tentant de le charmer, de l’émouvoir ou de l’agresser. En l’absence de réponse de l’analyste le patient va alors pouvoir parler de son passé, son enfance et même sa petite enfance

L’intervention de l’analyste sur fond de silence prend beaucoup de poids et de force.

A un certain moment de l’analyse le silence peut durer toute la séance ou plusieurs séances. Le patient n’a alors plus peur du silence il est en paix..

Cette relation non verbale des premiers mois de la vie où ce qui est éprouvé ne peut s’exprimer avec des mots, ce serait la nostalgie de l’état fusionnel que le patient « revit ». Il peut puiser dans ce moment d’absence de conflits une nouvelle force et l’analyse va pouvoir se poursuivre paisiblement…

Quelles sont les contraintes de l’analyse ?

La psychanalyse est un traitement souvent long et coûteux, parfois douloureux.

Une cure analytique peut durer plusieurs mois, plusieurs années. Les séances représentent un coût financier important bien que nos honoraires soient souvent adaptés aux possibilités du patient. C’est également un investissement en temps et en énergie. Il est douloureux parce qu’il s’agit de « revivre » , de « revisiter » des moments émotionnels du passé parfois traumatiques.

Comment se fait le choix de l’analyste ?

A mon avis il est souhaitable de rencontrer un ou deux analystes qui nous ont été recommandés, nous interroger en sortant de la consultation sur la confiance ressentie avec lui (ou avec elle),. Nous semble-t-il être celui ou celle qui pourra nous accompagner dans ce cheminement ?.

Comment sait-on que l’analyse est terminée ?

Vaste question... ! Lorsque les motifs de souffrance qui nous ont amenés à consulter nous semblent résolus..Au fur et à mesure que l’analysant revit les conflits du passé

le travail analytique s’achemine vers sa fin, le patient se détache peu à peu de son psychanalyste qui l’amène à se séparer de lui.