Un enfant ou un adolescent qui va mal reflète souvent, sans le savoir, un dysfonctionnement familial, parfois très ancien. D'où l'intérêt des thérapies familiales qui tiennent compte des inter-relations au sein de la famille et de cet indispensable lien généalogique.
IL y a des familles lourdes de secrets non transmis, de génération en génération : celles par exemple dont un aïeul s'est suicidé. Une mort jamais évoquée, jamais éclaircie, dont le poids "en creux " subsiste même chez les petits enfants qui n'ont jamais connu leur grand-père . Parfois, le secret n'en est pas un : le non-dit est un déni. Celui d'une mère célibataire qui élève seule son fils sans jamais évoquer l'homme avec qui elle l'a eu : " être élevé par un seul de ses parents n'est pas un drame en soi, estime François Simonnnet, psychanalyste et psychothérapeute.
Ce qui est grave, c'est de gommer l'existence des parents manquants, tandis que celui qui reste assume les deux rôles. "Au fil de l'expérience, les thérapeutes ont découvert en effet deux notions indispensables pour structurer la personnalité d'un enfant. En premier lieu, la loi des générations doit exister : un père doit être un père et un fils doit être un fils. D'où le désarroi de certains jeunes dont le père, immature ou refusant de vieillir, singe leur style vestimentaire, fuit leur responsabilité, ou n'impose ni limite ni repère sous prétexte d'être complice avec son fils." Tout être se construit en référence à un modèle, que ce soit pour l'accepter ou le contester ", explique François Simonnet.
En 1968, les jeunes refusaient les valeurs de leurs parents et voulaient construire un monde différent, avec d'autres valeurs. Aujourd'hui, les jeunes en difficultés ne cherchent pas un sens à leur vie ; ils nient que les valeurs puissent avoir de la valeur, faute d'avoir eu des repères dans l'enfance. " Autre notion capitale, les sexes doivent être clairement différenciés : un père si tendre soit-il n'est pas une mère, et une mère si autonome et si forte soit-elle, n'est pas un père. L'enfant a besoin de percevoir qu'il y a deux personnes sexuellement différentes (et pas interchangeables) à l'origine de sa vie. Contrairement à ce qui était dit il y a une dizaine d'années, " l'un n'est pas l'autre ", et l'on découvre aujourd'hui que " les femmes ne sont pas des hommes comme les autres ". Les thérapies familiales n'ont d'autre ambition que de mettre en présence parents et enfants pour créer les repères manquants.
THERAPIE SYSTEMIQUE
En théorie, la thérapie familiale systémique s'attache à la façon dont fonctionne l'ensemble " famille " et notamment à la circulation de l'information entre les membres de la famille. On a dit plus haut, l'importance des secrets de famille, le poids du non-dit dans les malaises que peuvent ressentir les enfants. Cela étant, éviter le non-dit ne signifie pas dire n'importe comment, n'importe quoi : l'enfant confident des problèmes sentimentaux de ses parents, l'enfant que l'on consulte pour tout, y compris pour les décisions concernant les adultes, manque autant de repères rassurants que l'enfant voué au silence. Le thérapeute laisse donc jaillir la parole, mais canalise ce qui deviendrait de l'exhibitionnisme ou un règlement de comptes.
THERAPIE ANALYTIQUE
La thérapie analytique, elle, s'attache à l'histoire individuelle de chacun des membres de la famille. Il est souvent stupéfiant pour un jeune de découvrir que ses parents ont été enfants, ont joué, ont eu des problèmes avec leurs propres parents, ont connu des chagrins et des doutes. La culture du " zapping ", " du jouir au présent " a gommé le sens de l'histoire et de la chronologie dans les nouvelles générations. Or, on s'aperçoit qu'il est nécessaire de pouvoir conjuguer " il y a eu " " il y a " et " il y aura " pour donner un sens à sa vie.
Ce qui a été dit au cours de la thérapie provoque évidemment des remous entre les séances, d'autant que tous les membres de la famille n'évoluent pas au même rythme. Parfois, les parents souhaitent arrêter parce qu'il se sentent soulagés d'avoir parlé ou parce qu'ils éprouvent des résistances à le faire. L'enfant peut avoir aussi envie d'interrompre la thérapie familiale lorsqu'ils estiment en savoir assez. Cependant, beaucoup enchaînent sur une thérapie individuelle pour élucider aussi ce qu'ils sont en dehors de la référence parentale : " chaque individu est également confronter à son milieu social, conclut François Simonnet, et on ne peut faire abstraction du contexte social dans un travail psychologique, sous peine d'être réducteur. "
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